Comment parler des attentats en littérature?

Quel plaisir de débattre samedi dernier au Salon du livre 2018 avec Arnaud Cathrine, Laurence Faron et Nadine Brun-Cosme.

 

Le débat avait été organisé par Sophie Nanteuil et Sophie Rosemont.  Devant un public nombreux et très à l’écoute, Sophie Rosemont a commencé par nous demander  où nous nous trouvions le vendredi 13 novembre quand nous  avons appris qu’il y avait des attentats à Paris.  Personnellement, j’étais chez moi, je venais de finir un DVD, j’avais notre chatte sur les genoux, et quand le film s’est terminé, je me suis mise à zapper.  Et c’est là que j’ai découvert que le Bataclan était attaqué, et qu’il y avait une quinzaine de morts.  Quinze morts, cela m’a paru énorme… Sidérée, j’ai appris que des cafés aussi avaient été attaqués, et le Stade de France sans doute.  J’ai éteint la télé.  Je savais que les images tourneraient en boucle, que les commentateurs allaient se succéder, mais qu’on ne saurait rien de fondamental avant le lendemain.  Laurence Faron aussi était devant sa télé.  Quant à Arnaud Cathrine, il rentrait de son travail à la Maison de la poésie.   Il habite dans le onzième arrondissement et il est passé devant le Carillon dix minutes avant la tuerie.  Il est monté chez lui, et puis il s’est mis à recevoir plein de textos.  “Ça va?”  Il n’a évidemment pas compris pourquoi tous ses proches s’inquiétaient.  Il a allumé la télé… et il a vu ce à quoi il avait échappé.

Puis nous avons parlé du moment où nous avions décidé d’écrire sur ce sujet. Moi, c’est très simple.  Le week-end qui a suivi les attentats, j’ai essayé de ne pas me laisser emporter par le déferlement d’images et de commentaires.  Mais le lundi 16 novembre, j’ai enfin écouté un journal entier à la radio.  J’avais écrit sur l’adolescence en détail dans les cinq tomes d’Ava, de Ava préfère les fantômes à Ava s’en va.  Je ne pensais donc vraiment pas retrouver un jour des personnages d’ados.  Mais à huit heures, j’ai allumé mon ordinateur et ouvert un fichier.  Le titre m’est venu tout de suite : Paris est tout petit.  La première phrase aussi :”D’abord, tout est beau”.  Arnaud Cathrine, lui, a voulu inscrire sa trilogie A la place du coeur dans un contexte plus large, puisqu’elle démarre durant la semaine de l’attentat à Charlie Hebdo et se termine durant la dernière élection présidentielle.

Après nous avons parlé de l’angle sous lequel nous avons décidé de travailler.  Ni moi ni Arnaud Cathrine n’avons voulu raconter une histoire qui se passerait directement sur les lieux des attentats.  Je sais qu’il y a des polémiques sur les artistes qui s’y essaient,  notamment au sujet du film Violent delights.  Pour certains, seuls ceux qui ont vécu ce cauchemar devraient avoir le droit d’en parler, comme l’a magnifiquement fait Antoine Leiris.  Mais je pense qu’il faut accueillir toutes les propositions artistiques, et que nous ne devons pas nous censurer.  Je suis très curieuse par exemple de découvrir le film qu’ont tourné Sandrine Bonnaire et Simon Abkarian sur ce thème.

Merci à ma sœur Andréane Bernard pour les photos (je précise que c’est ma sœur car cela explique peut-être qu’on y voir que moâ: pardon à mon confrère et mes consoeurs! ;-)), et merci encore au public et à Sophie Nanteuil et Sophie Rosemont pour ce moment très fort.

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